Pourquoi tu cours ? Et si la réponse était courte ? Et si elle devait simplement tenir en trois mots : « parce que j’aime ça » ?
Loin de l’ego, des chronos, des autres et des réseaux. Courir pour le plaisir, pour soi, parce qu’on aime ça.
À l’ère des réseaux, où courir est devenu un véritable phénomène de mode, une injonction à performer, presque une obligation à adopter, où courir plusieurs marathons par an est devenu une sorte de norme et faire un ultra, ce n’est presque pas assez, revenons un instant les pieds sur terre. Sur la terre martelée par les pas du coureur, animé par quelque chose de plus profond qu’une simple popularisation de son compte Strava.
Courir pour une idée, poursuivre un idéal
Quand un pas après l’autre, foulée après foulée, mes pieds tapent le sol dans une cadence rythmée, qu’autour de moi le silence et le calme de la nature règnent, seulement interrompus par mon avancée, que je me sens bien, et que l’allure s’accélère, je me rapproche de l’idéal, de mon idéal personnel, d’une meilleure version de moi-même.
Je me rapproche de cette idée, cette idée que je poursuivais, cette idée de liberté, d’un moi meilleur, qui avance par passion, poursuivant cette passion qui m’anime.
Pour des raisons internes, loin de toute influence, j’avance. Et pas après pas, je me sens bien, je me sens mieux, je me sens moi. Fière, puissante, plus confiante que jamais comme si rien ne pouvait m’arrêter.
Je suis de retour à la base, la source, l’instinct, quelque chose d’essentiel, primitif un peu moins humain. Je retrouve ma place, celle d’être vivant, dans son environnement. Avec rien d’autre que mon corps, et mon cœur, pour seul moteur.
Un retour à la sensation
Une course réussie et une course ressentie.
Les meilleures courses sont souvent celles improvisées qui partent d’un élan du cœur, un désir écouté, une envie de bouger, vite, loin, libre ; d’un désir acté.
Et dans ces moments-là, pas de chronos, de planning, de but ni de contraintes, il n’est ni question de plan ou d’entraînement, il s’agit de plaisir, bien uniquement. De répondre à l’appel, un appel sans artifices, sans but, seulement celui qui dit « courir ». Et dans ces moments-là, courir pour aller où, on ne sait pas, seul compte le fait d’être là. Courir pour le plaisir, tel un cadeau que l’on s’offre et simplement ressentir. Courir pour s’ouvrir au vrai, aux autres, à soi. Une déconnexion qui reconnecte à tous les niveaux.
Alors quand il y a la montre, Strava et un tas de matériel sophistiqué qui coûte une blinde et dont on ne soupçonnait en aucun cas l’existence auparavant, c’est un peu différent, ça complique, mentalement, financièrement et physiquement.
Car finalement encore on devient dépendant de tout ça, de tout cet équipement. Comme s’il fallait être supporté, accompagné, marketé, encombré encore par les objets là où rien était suffisant. Rien, des baskets et un rêve. Le rêve d’un meilleur être humain. Puis un acte, du mouvement et ça aurait été bien suffisant.
Ce rêve d’Homme meilleur c’est celui de devenir endurant, résistant, polyvalent, fort, capable et performant. Un Homme détaché de tout objectif, jamais obsédé par les chiffres. Qui avance silencieusement, sans bruit, sans réseaux, sans jamais en faire trop. Sans compétitions, comparaisons et influences, poursuivant une volonté. Profonde, ancrée. Un ressenti, une sensation, une petite chose, quelque chose qui appelle à y aller. À sortir, à courir. Pour le plaisir de courir, de se sentir vivant, d’exister, loin du matériel sophistiqué et des entraînements forcés.
Un dossard pour un dépassement collectif
Et puis il y a les courses et les dossards, et en ces moments-là, tout s’arrête. Emporté par l’énergie du groupe et de la foule, l’instinct prend le dessus. Tout est plus simple et plus dur à la fois, car c’est là qu’on se dépasse, et chaque personne doublée est une victoire en soi, qui renvoie adrénaline et boost de confiance, criant au cœur : « tout est possible, tu vois ! ».
La course, c’est un des pourquoi on fait ça. Le moment de montrer qu’on est là, prêt sans l’être, prêt peut-être ou pas, tous devenus meilleurs, tous des vainqueurs.
Une communauté de ceux qui refusent la médiocrité, qui ont entendu, écouté et acté, ceux qui ont décidé de bouger. Course après course, ils se sont façonnés. Et sans le savoir, en devenant meilleurs, c’est le monde qu’ils ont rendu meilleur.


