En coordination parfaite nous avançons en groupe, l’énergie du troupeau indiquant le pas à suivre: un pas rapide, une impulsion rythmée vers l’avant, enfin nous nous rapprochons des sommets.
Répondre à l'appel
Certains instants peuvent tout changer. Une intuition, comme un appel, je l’avais senti et aussi simplement je leur avait écrit. Quelque temps après, j’étais perdue à cheval au cœur des alpes australiennes, photographe officielle du premier trek automnal de Spring Spur, réalisant que cette invitation n’était rien de moins que la concrétisation de la vision du travail dont j’avais toujours rêvé.
Je vous emmène avec moi pour 3 jours de trek à cheval à la découverte des sommets du High Country victorien, au pas des chevaux, au rythme de leurs sabots. Vivez à travers mes mots, vous aussi, l’aventure. Celle de la manade, de ceux qui le temps d’un instant, ont tout quitté, pour répondre à l’appel. L’appel du vent qui fait danser les crinières, des grands galops sur la terre, un murmure de chevaux qui résonne dans l’air, l’appel de liberté, sauvage et sincère.
L'aventure commence par un voyage
L’aventure commence toujours bien avant le départ. Elle naît dans l’esprit qui, dès qu’il sait, commence à l’imaginer, à la rêver. C’est là qu’elle débute, pour ne jamais se terminer.
Le chemin pour rejoindre la ferme équestre de Spring Spur est long : de train en train, je traverse tout le Victoria, les paysages secs et arides défilant sous mes yeux. Je découvre, le temps d’une escale, la petite ville de Bright, non sans joie de retrouver les montagnes et les arbres verdoyants. Il y règne comme un air d’Europe ; je m’y sens à la maison. Je lis sur un panneau : « Brighter days are coming ». Un signe ? Je le prends avec plaisir.
C’est en fin de journée que je rejoins la propriété de Spring Spur, conduite sur ce dernier bout de chemin par un ami de la ferme qui lui aussi se joindra au trek. Oubliez les transports en commun, pour y accéder seule la voiture compte. Accueillie par Alex, j’arrive en même temps que les autres invités qui participeront aux cinq jours de trek équestre. La ferme est moderne et rustique à la fois, aux allures de lodge de campagne.
Nous découvrons nos chambres pour la nuit et nous joignons au repas familial. Nous rencontrons la famille : Alex et Lin, en charge de la ferme, et leurs deux petites filles, ainsi que les parents de Lin, Kath et Steve, fondateurs de Spring Spur. On y sent un climat chaleureux et familial. Lors du dîner nous apprenons à mieux connaître Kath et Steve, qui heureux de partager leur univers, nous racontent leurs histoires.
Spring Spur, c’est une histoire de famille qui s’est construite de génération en génération autour d’une idée, d’un rêve, d’un projet, celui de créer: « a place for everyone, a unique farm where friends, family, staff and guests gather to share adventures, stories, education and history; a place where the spirit of the horse is treasured and admired, where food is grown and cooked with love. »
En fin de journée, nous recevons le brief d’accueil. Nous serons 11 cavaliers, 11 chevaux sellés, 3 chevaux porteurs et 2 mules. Au complet, le groupe est formé, demain, nous partons.
Détails de l’expédition
1. L'itinéraire: direction les hauts plateaux
Notre expédition s’articulera autour de 3 jours de trek à cheval. Le 1er jour, nous partirons de la ferme de Spring Spur dans la matinée, traversant la vallée et entamant une ascension vers notre campement à Bogong Jack Saddle Hut. Ce ne sont pas moins de 6 à 7 heures de montée à cheval qui nous attendent.
À mi-chemin, nous ferons une halte pour déjeuner au Mount Beauty Transfer Station. Nous referons cette même halte le troisième jour lors de la redescente vers la ferme.
La deuxième journée de trek sera la plus spectaculaire. Elle commencera par une ascension, puis une découverte des vastes plateaux et plaines sauvages des plus hauts sommets des Hautes Terres victoriennes, entourées par le Mount Hotham (1 860 m) et le Mount Bogong (1 986 m).
2. Le matériel nécessaire pour 3 jours de trek équestre
3 jours de trek, 11 cavaliers, 16 chevaux : dormir, cuisiner, manger… du matériel, il en faut, ni plus ni moins, juste la bonne quantité, car ce sont les chevaux qui vont le porter. Nous chargeons dans différents containers la nourriture à manger, du matériel de cuisine pour 6 repas (2 dîners, 2 petits-déjeuners et 2 lunchs). Nous dormirons dans un campement improvisé à la belle étoile, pour cela nous nous munissons chacun d’un swag, d’un duvet, matelas gonflable et d’un oreiller, qui seront chargés sur les chevaux. Nous avons également la possibilité d’emporter un sac imperméable dans lequel nous glissons notre sac à dos comportant nos nécessaires pour dormir (petite trousse de toilette avec les essentiels et vêtements de rechange). Nous transportons aussi la nourriture des chevaux, des câbles, une trousse de secours, ainsi que de quoi monter une table pour cuisiner.
C’est le 1er jour, à mi-chemin lors de notre étape au Mount Beauty Transfer Station, que Lin nous rejoindra. Il nous apportera de quoi nous ravitailler et nous aidera à préparer les chevaux et les mules de bât, qui termineront l’ascension jusqu’au Bogong Jack Saddle Hut avec le matériel sur le dos. Ceci leur épargnant de porter le matériel durant la première partie de la montée.
Chacun de nous aura également un chapeau et une veste imperméable, ainsi que deux petites pochettes attachées à la selle du cheval pour emporter ses affaires personnelles. J’utilise ces pochettes pour y glisser mon matériel photographique, il comprend :
- Ma caméra professionnelle Canon
- Ma caméra argentique Olympus
- Ma caméra handycam
- Mon drone
J’emmène également une batterie externe et tous mes papiers et documents importants. Ainsi qu’un k-way et des vêtements chauds, des gants d’équitation, une casquette, des lunettes, de la crème solaire, une gourde et des mouchoirs.
3. Des chevaux élevés pour la montagne
Les chevaux de montagne sont nés, élevés et dressés ici même par la famille. Habitués à être au contact de l’homme dès leur plus jeune âge, ils vivent avec le troupeau et sont initiés aux bases de l’équitation éthologique. Dès leurs quatre ans, ils commencent le travail dans les hautes terres reculées et deviennent des chevaux robustes, polyvalents, à l’aise sur tous les terrains que peuvent offrir les montagnes du High Country victorien.
4. Le brief : comprendre les chevaux, ce vous devez savoir avant de partir en trek équestre
Je monte à cheval depuis de nombreuses années. Des treks, j’en ai fait, mais jamais je n’ai reçu meilleur brief que celui d’Alex.
Alex est une femme des chevaux. Ayant grandie en Afrique du Sud, elle s’est installée en Australie il y a plus de 10 ans. Douce, calme, sereine, Alex est une force tranquille, une femme libre. Elle prend la parole et personne ne parle, tout le monde se tait, on ne peut que l’écouter. Ses mots sont captivants. Elle connaît les chevaux, les comprend. Sa passion, elle nous la transmet instantanément, nous rappelant les bases de l’éthologie, les fondements de la relation entre l’homme et le cheval.
« Ce que vous devez savoir, c’est que les chevaux ne sont pas comme nous , ils ont un instinct de proie et perçoivent le monde autrement. Leurs oreilles sont de précieux indicateurs de leurs émotions, et leur vision, n’oubliez pas, s’étend sur près de 340°. Collez-vous à leurs hanches plutôt que de vous écarter de leurs postérieurs, anticipez leurs réactions, et souvenez-vous que l’endroit le plus sûr pour eux sera toujours à côté d’un de leurs compagnons.
Tous nos chevaux sont de bons chevaux, nés, débourrés et éduqués ici. Ils sont robustes, habitués aux longues sorties en montagne. Le travail avec eux et les demandes que nous leur faisons ne sont pas toujours douces, mais elles sont toujours justes et logiques pour le cheval, dans le respect et la compréhension de l’animal. Chaque demande à la jambe ou à la main doit cesser dès que la réponse et le résultat souhaité sont obtenus. Le cheval ira toujours du côté qui lui évitera douleur ou gêne, et pour le cavalier, une demande doit toujours s’articuler de la sorte : regard, main, jambe. Appuyez-vous sur vos étriers, soyez détendu mais présent, et n’oubliez pas : la meilleure attitude que vous puissiez avoir est celle d’être calme et serein. »
Jour 1 : L'ascension jusqu’au campement
La manade, un troupeau : des hommes et des chevaux
Matériel préparé, chevaux sellés, brief écouté, tout est prêt. C’est en début de journée que nous partons. L’énergie du groupe est joyeuse et positive, heureux de partir à l’aventure. Les chevaux sont dynamiques et engagés sur le chemin. Nous sommes 16 et quittons la ferme. Le début de la journée se passe sans encombre : nous empruntons de petits chemins au milieu de la vallée, traversant quelques routes et longeant quelques habitations. Puis nous entamons l’ascension.
Lors de son brief, Alex nous avait dit : « Ce que je trouve de plus fascinant en trek, c’est d’observer les dynamiques des chevaux entre eux, l’évolution de leur comportement, de l’énergie du groupe. C’est ce que je préfère. » Au début, je n’avais pas saisi exactement ce qu’elle voulait dire. Les chevaux allaient marcher les uns derrière les autres. Qu’allait-on voir ?
Mais au fur et à mesure que nous avancions, j’ai compris : ce trek n’était pas comme les autres. Un vent de liberté régnait. Il n’y avait pas vraiment d’ordre, sinon celui qui était défini par les affinités des chevaux entre eux, leurs humeurs, leurs caractères, leur position de dominance dans le groupe. Plus nous avancions, plus je le voyais, le comprenais ; je ressentais l’énergie des chevaux. Une énergie mouvante, différente d’instant en instant. Pour la première fois, je le voyais : ce n’étaient pas les cavaliers, mais eux qui menaient la manade.
Et puis je l’ai remarquée, elle, cette petite jument alezane. Elle avait de l’attitude, du panache et fière allure. Ce n’était pas la meneuse, mais son humeur déterminait celle des autres chevaux : elle créait la dynamique du groupe.
C’était une jument porteuse : elle n’avait personne sur le dos et n’était attachée à aucun cheval. Libre, elle suivait le groupe, avançant et s’arrêtant comme bon lui semblait. Ses oreilles, indicateur permanent de ses humeurs, ne trompaient pas : personne ne pouvait s’en approcher, sinon elle ruait. Les autres chevaux la respectaient, s’en méfiaient.
Si elle ralentissait, elle trottait rapidement pour retrouver sa place, pas devant, mais juste assez près pour rappeler que c’était elle qui dominait. Elle avait mauvais caractère, mais c’est pour ça qu’on l’aimait.
La magie de l'instant, un retour au présent
Au fur et à mesure que les heures d’ascension défilaient, le son des sabots, le mouvement du pas des chevaux, l’énergie du groupe portée vers l’avant, j’ai remarqué que notre état de conscience migrait vers quelque chose de plus profond, moins ancré, pas concret, plus léger, comme si nous entrions dans un état d’hypnose, de méditation profonde.
Il n’y avait plus de notion de temps, plus de pensées, ni de demain, ni de passé, ni d’après. Comme si tout le reste avait été oublié. Juste un esprit présent, connecté à l’instant, comme un retour à la source, à l’essence même du vivant. Nous étions juste là, avançant, vers l’avant.
Un retour à ce qui est simple, basique : l’instinct qui revient, évident, ne faisant qu’un avec le cheval, avec le moment, comme si nous étions le moment. Quelque chose que l’on pourrait appeler un état de flow. Calme, serein, connecté à tout, faisant partie de tout, juste être, vivant.
Le campement : nuit à la belle étoile et dîner au feu de camp
En fin de journée, peu de temps avant la tombée de la nuit, nous arrivons au campement : une vaste étendue en cercle à l’herbe bien verte, entourée d’arbres sans feuilles aux troncs blancs, un lieu irréel, tout droit sorti d’un film médiéval ou d’un jeu vidéo. Mais pas de temps à perdre, il faut décharger les chevaux et monter le camp. Tous les sacs sont placés au centre, près du grand arbre, et un fil est tendu tout autour pour délimiter le campement. À l’extérieur du cercle, les chevaux sont lâchés en liberté puis nourris à l’aide de paniers accrochés à leur encolure. Chacun récupère son swag et monte son lit de fortune comme bon lui semble : la nuit se fera la tête dans les étoiles.
Nous sommes fatigués, le corps courbaturé après les 7 dernières heures de montée à cheval, et nous avons faim. Mais quelle joie de nous rendre compte que le feu est allumé et la table dressée, remplie d’une abondance de mets (fromages, olives, gâteaux secs…) en guise d’entrée à picorer. L’occasion de discuter et de faire plus ample connaissance les uns avec les autres, de retour sur le sol, les pieds sur terre.
Puis nous nous asseyons tous autour du feu, sur un banc de fortune formé par quelques troncs. Le feu crépite, des assiettes de plats cuisinés ici même (des pâtes au pesto et du garlic bread) nous sont servies : c’est délicieux. La chaleur du feu nous réchauffe dans le froid de la nuit tombante. Aussi simple que cela puisse paraître, cet instant ne nécessite rien d’autre pour être parfait. La deuxième soirée se déroulera de manière tout aussi belle : telle une famille, le groupe est uni. On rit, on se raconte des histoires. Autour du feu, il y a ce retour à quelque chose de primitif, qui remplit notre âme.
Lorsque nous rejoignons nos swags pour dormir, nous sommes seuls face à l’immensité. Le regard tourné vers la Voie lactée, la nuit est noire, mais aucune autre lumière ne brille que celle des étoiles et de la lune : c’est la pleine lune. On entend le souffle des chevaux et le bruit de leurs pas frappant le sol. Ils sont tout autour de nous, libres, ensemble ; ils veillent sur nous. Ici, perdus au milieu des montagnes, loin de toute civilisation et modernité, la nuit semble magique. L’humidité commence à s’imprégner de nos swags, laissant perler de petites gouttes d’eau. Le froid envahit l’air de la nuit : il est temps de s’enfermer à l’intérieur, se blottir pour maintenir la chaleur. Il faut dormir maintenant.
Jour 2 : Toucher les sommets
Des paysages spectaculaires, à la découverte d'un autre monde
La nuit a été courte : le froid et l’humidité ont gagné face à mon sommeil. Un peu malade, j’ai mal à la gorge et le nez bouché, un peu de fièvre aussi et un bon mal de tête. Ce n’est pas le moment d’être malade : aujourd’hui est la journée tant attendue, celle où je dois capturer les plus belles images de l’expédition. Après un petit déjeuner riche et réconfortant, nous quittons le camp. Nous le savons, la journée nous révélera des paysages surprenants. Nous continuons l’ascension.
En coordination parfaite, nous avançons en groupe, l’énergie du troupeau indiquant le pas à suivre : un pas rapide, une impulsion rythmée vers l’avant. Enfin, nous nous rapprochons des sommets.
Nous quittons le maquis pour des étendues ouvertes. En les voyant, mon cœur se remplit, un vaste horizon, le ciel infini se déployant à perte de vue, quelques nuages… Je m’écarte du groupe, je vois les chevaux avancer, j’ai la vision. Voilà ce que j’attendais : le vrai travail photographique peut commencer.
Après une dernière ascension au milieu des steppes, nous arrivons au sommet. Le temps est gris et nuageux, mais nous offre une vue imprenable sur les monts Hotham (1 860 m) et Bogong (1 986 m). Nous touchons les plus hauts sommets du Victoria. Le vent est glacial, mais nous sommes heureux d’être là. Nous profitons de l’instant pour faire quelques photos de groupe. La vue est incroyable.
Nous entamons la redescente vers les plaines désertiques des hauts plateaux. Nous sommes dans un film, des paysages lunaires, comme sur une autre planète. Je ne savais pas à quoi m’attendre, c’est un endroit unique. Le silence tout autour, il n’y a pas de vie, pas d’âme, juste des arbres blancs, se ressemblant, dans une étendue infinie de plaines et de forêts de troncs sans feuilles. Ce sont des cyprès et de vieux « bonsaïs » d’eucalyptus des neiges, tordus par les vents glacés de l’hiver. On dirait un paysage de désolation, désertique, sorti d’un livre de contes. Il y a un aspect poétique à être ici, en ce lieu, c’est magique. Personne ne parle, on n’entend que le pas des chevaux alternant entre les roches et les branches. On pourrait presque se croire en Afrique, en plein safari, ou dans les steppes mongoles.
En fin de journée, avant qu’il soit l’heure de rentrer, de redescendre au campement, est venu le moment que nous attendions tous : celui des grands galops. De ce qui fait tant rêver, de ce pourquoi les treks attirent tant, ces quelques secondes où tout s’arrête et s’accélère à la fois, où, le temps d’un instant, on croit voler, on frôle les frontières invisibles de la liberté. Le cheval prend les rênes, son impulsion cadencée seule guidant le cavalier. Le vent et le cœur s’emballant, il galope sans jamais ne penser s’arrêter.
Ce dont personne ne parle lors d'un trek à cheval
Un trek à cheval, les photos sont belles, les retours positifs, ça a l’air magique et facile. Mais ce ne sont que des images, des souvenirs. La vérité de l’expérience pourrait se résumer autrement : un trek à cheval, c’est une dure aventure.
Le corps, inhabitué, est soumis à rude épreuve par les longues heures de chevauchée en montée et sur terrain escarpé. Les muscles sont contractés, tendus ; les jambes maintiennent la position, accompagnant les mouvements du cheval de la meilleure manière pour ne pas le gêner. Les bras soutiennent l’encolure, tirent parfois pour la redresser lorsque le cheval descend trop souvent. Le dos doit rester droit, le regard porté loin devant, le cerveau concentré, il faut rester vigilant. Les chevaux ont parfois des comportements inattendus.
Dès le premier jour, douleurs et courbatures apparaissent. La fatigue se fait sentir, tout le corps est en souffrance : le bas du dos, les abducteurs et adducteurs, le creux des mains, les bras… tout le corps est stimulé, sollicité en chevauché. Quelqu’un brise enfin le silence : « vous aussi vous souffrez ? » oui, c’est dur, c’est long… on est fatigués, et on le sait il ne s’agit pas que d’une seule journée. Demain il faudra recommencer.
Et la nuit, le confort est sommaire, pas de douche, difficile de se changer. Pour dormir, le sol est dur, le vent est froid, l’humidité gagne les recoins du swag. On se réveille, on se retourne, on rajoute des couches d’épaisseur, on passe en mode survie, survivre au froid de la nuit. On ne dort pas, et on le sait, le lendemain, il faut continuer, car on est là, loin de tout, sans aucune manière d’y échapper. Alors on se demande pourquoi on fait ça, pourquoi on est là. On ne rêve que d’une chose : une douche bien chaude et un lit douillet, retrouver son confort. Mais au fond, on le sait, le pire, dans cet inconfort, c’est qu’on voudra y revenir, le retrouver.
Jour 3 : Retour à la ferme de Spring Spur
Le retour d'un rêve
Le dernier jour, quand les derniers pas du sentier s’achèvent et que les douleurs sont moins présentes que la veille, le corps habitué, l’esprit aussi, c’est déjà fini. En posant le pied à terre, on ne ressent qu’une envie : remonter sur les étriers. Après la douche et une bonne nuit de sommeil, on réalise à quel point on veut retourner là-haut, dans les hautes vallées. Aussitôt, comme par magie (le cerveau est bien fait) toute la souffrance et l’inconfort sont oubliés. On veut déjà recommencer. Le goût de la difficulté, la souffrance, créent en nous un sentiment de dépassement et de fierté, et l’appel, encore plus fort, se fait entendre : celui de l’aventure, de la liberté. Le cœur le sait, ce qui est vécu loin des sentiers battus n’a pas de prix. Et l’on se rappelle qu’il n’y a rien de mieux que de dormir, le corps fatigué, les souvenirs plein les yeux . Le cœur rempli.
Nous sommes rentrés, mais nous ne sommes plus les mêmes, notre monde intérieur a changé, et l’extérieur aussi. Nous sommes fatigués, vidés, mais plus que jamais remplis. Peut-on parler de cette étrange sensation de retour à la réalité, quand pendant trois jours le monde s’est arrêté, loin de tout, déconnecté, mais présent plus que jamais, là où seul l’instant comptait ? On se regarde et on le sait : nous partageons cette profonde impression d’avoir vécu quelque chose de fort, en groupe, ensemble, tel un souvenir collectif, ancré. Et je leur montre les photos. Je vois le sourire et la joie sur leurs visages, c’est pour cela que le photographe est là.
Après avoir touché au paradis, une seule envie y retourner
Alors pourquoi revenir, pourquoi y retourner ? Les montagnes attirent, elles parlent d’elles-mêmes, et les souvenirs rappellent un horizon de possibles. Rien ne peut égaler la sensation de la manade, d’avancer tous ensemble, chevaux et hommes, vers une idée, celle de l’immensité où résonne la liberté. Et les soirées au coin du feu, où l’on est fatigué, où l’on a froid, mais où l’on est bien, là, où l’on revient à l’essentiel, au propre de l’être humain.
Partir dans les hauts plateaux avec Spring Spur, c’est savoir qu’on voudra revenir. Ils vous emmènent dans un autre monde, d’abord discrets, l’histoire commence à se créer, à se raconter, et peu à peu eux aussi vous invitent dans leur univers. Ils prendront soin de vous avec professionnalisme, gentillesse et sécurité. Ils vous raconteront leur histoire, celle des hommes et des chevaux sauvages des montagnes. Ils vous offriront ce que peu peuvent donner : la liberté des grands espaces, et la possibilité de faire partie du clan, de la manade, que vous pouvez mener en tête si vous le souhaitez.
De retour au lodge, après le dernier dîner, Kath me prend à part pour me raconter comment la vie lui a donné la chance de rencontrer son mari. Alors que je l’écoute, captivée par son récit, je perçois le temps d’un instant les petites filles d’Alex et Lin jouer et danser pieds nus dans le pré. Insouciantes, libres, ici au milieu des chevaux, loin de tout ce qui peut être mauvais, dans un monde parfait, un coin de paradis. Je souris, et je leur souhaite que cela reste toujours ainsi.


