Vendredi soir à 20h, la veille de quitter mon logement, je reçois un message : c’est Marta. « Anna, ça te dit, on va camper demain à 1 h de Sydney ? ». Demain ? Je suis censée rejoindre mon nouveau logement, un bel hostel pour une bonne semaine, mais évidemment, une proposition pareille, ça ne se refuse pas. Tant pis pour l’hostel, je préfère le camping. Mon backpack de 75 L prêt et mon petit sac à dos rempli de toutes mes caméras, je suis excitée à l’idée de cette aventure improvisée. Je nous imagine déjà partir explorer la nature et les sentiers sauvages en dehors de Sydney.
On part ou pas ?
« Pas de nouvelles, bonnes nouvelles ». Mais la nouvelle que j’allais recevoir aller remettre en question la si belle aventure qui, en si peu de temps, avait déjà été romantisée dans mon esprit.
Un appel de Marta : « Anna, on a un problème avec les papiers de l’assurance. On vient de se rendre compte que la couverture finissait aujourd’hui. On doit faire toutes les démarches pour la réactiver, mais personne ne nous répond. »
Aïe mais le plan est annulé ? Elle me dit qu’ils auront du retard, mais que ça devrait marcher.
Je n’ai aucune inquiétude. J’ai très envie d’y aller, je sais qu’on va y aller. Je n’y pense plus et finis de tasser mes affaires dans mon gros sac. Ce n’est pas ce soir que j’irai à l’hostel.
Toujours poser des questions
Nous voilà tous les trois réunis, en route vers notre première aventure ensemble. L’ambiance est joyeuse, on discute, on est contents, hippie vibe, je découvre les paysages et les grandes routes australiennes.
On roule de Sydney jusqu’à Otford Ocean Lookout où l’on y laisse notre voiture garée. Je découvre leur niveau de préparation : gros sacs de randonnée, toile de tente et tout le matos de trekking. Bien évidemment, je n’ai rien de tout ça. Je suis en PVT, j’ai toute ma vie minimaliste qui tient dans mes deux sacs à dos, zéro affaire de camping.
Mais ils le savent, ils ont tout prévu pour moi. Ils me tendent un sac. Mon rôle, à moi, sera de porter l’eau. De l’eau, j’en avais déjà, mais ils m’ont dit : « Ne t’inquiète pas, avec ce qu’on a, ce sera assez ! Il y en a beaucoup, car on compte cuisiner ». Ok, je ne me préoccupe pas.
Je n’ai jamais été aussi peu préparée. En fait, je ne m’étais même pas posé la question. Je pensais qu’on allait atterrir sur une plage et camper, mais non, on part bien pour plus de 10 km de randonnée. Je ne savais pas qu’il y avait un hike. Trop enthousiaste, je n’ai pensé à rien, je n’avais même pas demandé, zéro question : je les suis les yeux fermés.
Rapidement, je vide tout mon sac à dos de mes caméras, choisis le drone et mon appareil photo argentique. Je ne veux pas les faire attendre et j’essaie de me préparer un sac rapide avec tout le nécessaire pour un weekend de trekking. Je déteste faire les choses dans l’urgence, mais j’aurais dû y penser. Quelle idée.
Randonnée jusqu’au campement : 10 km de monté, 10 km de beauté
Le Royal National Park, je suis subjuguée. Le ciel est gris, les arbres verdoyants. Je découvre un paysage qui m’était alors inconnu. Comme un air d’aventure, je vis un rêve, je me crois dans Pirates des Caraïbes, et le drapeau pirate au loin, accroché, nous le voyons flotter.
On grimpe, on monte des escaliers, on suit le sentier, au milieu d’une forêt d’eucalyptus tantôt sèche, tantôt humide, telle une rain forest. On traverse des villages de communautés, presque abandonnés les locataires vivent ici, éloignés de tout, en mode hippie, en complète autonomie.
On ne voit pas le temps passer, on marche, on discute, on rit, c’est ça la vie ! On n’est pas très en avance, alors vite, on avance, nous devons arriver avant la tombée de la nuit pour avoir le temps de nous baigner.
Présence
3h de montée et 10 km plus tard, nous sommes arrivés. On traverse une sorte de marécage où mes pieds s’enfoncent dans la boue, salissant mes chaussures toutes propres lavées la veille. On en rigole, je m’en fiche, je lève les yeux et je souris, ce que je vois m’illumine.
Un lieu hors du temps. Quelques trekkeurs ont aussi établi leur camp pour la nuit. Nous sommes littéralement dans le paysage de Koh Lanta, il y règne une atmosphère d’infini, un air paisible, une énergie d’aventure qui remplit corps et esprit.
Campement monté, baignade dans l’océan, seuls au monde et vagues déchaînées. Au menu de ce soir : gnocchis à la vodka, un délice. Je ne regrette pas d’avoir porté les litres d’eau qui ont servi à préparer ce régal.
On nous propose de nous joindre à une veillée chamallows autour du feu. La nuit est sombre, l’air est doux, le sommeil sera paisible.
Un réveil hors du temps
Je me réveille ni trop tôt ni trop tard. Nous avons du chemin aujourd’hui. Mais mes amies sont déjà parties se baigner.
Connectée à ce lieu, je pars marcher. Je le ressens, je m’en imprègne, pleinement, en total mindfulness, dans le calme et le silence de la matinée, seulement troublée par le cri des oiseaux tropicaux, la vie des insectes et le bruit des vagues. Le souffle du vent rafraichit mais les rayons du soleil se levant me réchauffe, ni chaud ni froid l’air est parfait.
J’écoute, j’observe, je sens l’odeur de l’Australie. Je ressens la force du lieu. Je marche pieds nus sur le sol tapissé de mousse, quelque chose de simple mais qui renvoie une sensation merveilleuse, je sens l’herbe sous mes pieds, un air de liberté m’envahit.
Attentions aux tiques et araignées
Devant toute cette beauté, j’en avais presque oublié que la nature, ici, peut tuer.
En démontant la tente, là sur l’herbe où nous avions joyeusement marché pieds nus depuis notre arrivée, nous y voyons une araignée, une de celles dont il ne vaut mieux pas se faire piquer. Choquée, je pose mille questions : mais vous ne m’aviez pas dit qu’il y en avait ici ? Ça ne vous stresse pas ? Habitués, les Australiens sont bien tranquilles et de ce qui est mortel ils ne semblent pas se préoccuper.
Me passe aussi par la tête le sujet des tiques. Je leur demande s’il y en a ici ? Ils me disent que oui, peut-être. Encore une fois, pas plus inquiets que ça.
Moi, je me méfie, je ne marcherai plus pieds nus sur un sol suspect. (À raison, je crois, car deux jours plus tard, Marta m’envoie un message pour me dire de regarder partout sur moi : une tique, elle en avait trouvé une accrochée…).
Ne jamais boire de café
Nous voilà tous les trois à marcher avec un fond de gourde d’eau restant et encore 10 km devant nous. Nous n’avons plus d’eau, le repas de la veille et les cafés du matin ont achevé ce qu’il nous restait.
Il est midi, nous sommes sur le chemin du retour et avons fait une heure de détour pour observer les célèbres Figure Eight Pools. Il fait chaud, le soleil tape, les montées sont infinies. J’avais l’impression de n’avoir fait que monter la veille, mais ce jour-là les montées étaient encore pires.
J’en ris, la situation est grotesque : randonnée à trois, 10 km en plein soleil sans eau, dans des montées, alors qu’il aurait simplement suffi de ne pas prendre de café. En tant que non-buveuse de café, jamais je n’en comprendrai la nécessité. Ça nous fait rire, on est encore motivés. Mais finalement, les derniers kilomètres, c’est en silence qu’on les fait. On ne rit plus, plus de blagues non plus, on est fatigués, c’est dur, on en bave, et qu’est-ce qu’on a soif !
Au loin, on aperçoit finalement la route, puis la voiture. On s’écroule de fatigue, laissant tomber au sol nos trois sacs. On boit à pleines gorgées, mais pas le temps de souffler, il est temps d’aller prendre un café. Vous comprendrez que c’est d’un sausage roll dont je me contenterai.
On se regarde tous les trois. On a l’air de vieux aventuriers sales et poussiéreux. Se doucher est notre seule nécessité. et à cet instant notre seule hâte c’est de rentrer. Moi, je ne sais pas où je vais, sinon que j’ai mon hostel de booké. Mais pas vraiment le temps d’y penser, on a rendez-vous à 15 h pour une food party à Sydney.
Dans la voiture on n’a plus rien à se dire, mais on est contents, on sourit. Notre première aventure ensemble, je n’avais jamais autant ris en randonnée. Merci les amis !


