Courir dans le bush, le pire et le meilleur du trail

Le bush. Sec, aride, dur, une terre craquelée… tout n’y est que difficulté. Chaque pas, chaque respiration, chaque montée : rien n’est facile ici. Plus de victoires ni de passé, oubliées performances et chronos, de toute façon, dès le premier run, les compteurs sont remis à zéro.

Parfois, on croit qu’on y est, qu’on a compris le terrain, on pense le maîtriser, s’y être adapté. D’autres fois, on doute, on perd la foi, on ne sait plus, on ne sait pas pourquoi on court, pourquoi on fait ça.

Corps et esprit, le bush vide ou remplit. Chaque course est une inconnue dont la variable anime ou détruit. Courir ou marcher, forcer, lutter même quand tout crie d’abandonner. Faut-il s’arrêter ou continuer ? La question reviendra encore et encore : pourquoi le trail, pourquoi s’infliger ça ?

Le bush questionne, et si vous ne savez pas pourquoi vous y courrez, c’est en marchant que vous reviendrez. Oubliez corps, pieds, mollets, de toute façon, tout y sera compliqué. Là-bas, seul le mental fait avancer. Tensions, douleurs, faiblesse, lenteur, le corps est mis à l’épreuve. L’impression de faire du surplace, de galérer, on finit par jurer, se détester, se demander pourquoi on est si nul. Et le mental, lui aussi, commence à chuter.

Cette certitude grandissante qu’y retourner, c’est régresser. Et puis ce moment où c’est fini, le bush a tout pris. Plus rien, plus de passion, plus d’envie de courir. Et même se demander : « est-ce que j’aime vraiment courir ? » Car y retourner, il n’y en a plus l’envie. Le bush a gagné, il a repoussé l’humain qui voulait y entrer. Pourquoi y retourner, pourquoi courir quand il n’y a plus de plaisir ? 

Passion, mental, motivation… quand il n’y a plus rien, n’y a-t-il vraiment rien ? Car, au fond, je le sens, je le sais, une lueur ancrée, un souvenir est resté. Un sourire d’un soir où, la nuit tombée, personne, seulement la Voie lactée, et moi, et je courais devant une toile d’étoiles infinies, les kangourous sautant à mes côtés.

Et dans l’obscurité, je ne voyais ni la terre, ni les cailloux, ni les côtes et les montées. Mes jambes déroulant, corps avec l’environnement. Respiration, battement et regard synchronisés, dans l’infini de la nuit, un feeling, plénitude et paix. Je ne luttais pas, plus de peine ni de colère, le bush, je l’avais compris, j’en faisais partie.

L’idée du bush, si c’est tout ce qu’il reste, est déjà assez, suffisante elle sera pour y retourner. Elle est le rappel que tout ce qui est pris sera rendu. Le bush sait récompenser. 

À tous les traileurs, à ceux qui y sont retournés.

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